11 octobre à 17h00
Les Chants de l’exil – chants séfarades traditionnels et épitres
Fuir
Fuir ailleurs
Fuir plus loin, parce qu’ailleurs est déjà pris.
La langue qu’on emporte devient le seul pays
Yashar Adassov (Les Épîtres
récitatifs)
La Vida es un pasahe –
Yo m’enamori d’un aire – Adijo Kerida –
La Serena – Tengo dos amores –
Solo Contrebasse – La rosa enfloreze –
Avrix mi galanica –
Árvoles lloran con lluvia-
Irme quero la mi madre – Nani
Il en aura fallu de la ténacité pour retrouver ces chants de l’exil, ces mélopées transmises oralement de siècles en siècles, de rives en rives, dont il n’existe nulle trace écrite et dont la langue elle-même, le Ladino, ancienne langue judéo-romane dérivée du vieux castillan, est appelée à disparaitre.
Était-ce une chanson ? Tout au plus un chant, une plainte, une psalmodie. Un air populaire, qui tenait en quelques notes, jamais enfermées dans une partition, un air libre comme l’air, qui disait la douleur des femmes. Le chant de l’exil. Avec elles, il traversait les montagnes, les rivières, fuyait la tyrannie. Arrivé dans ces terres nouvelles, cet air de rien du tout s’offrait alors aux nouveaux maîtres des lieux, telle une fille facile. Il ne devait d’ailleurs sa survie qu’à cela : être facile. Il se paraît alors des couleurs, des accents, des sonorités instrumentales de ces terres nouvelles. Il adoptait tour à tour l’âpreté orgueilleuse des claquements andalous, les volutes arabesques de l’orient, les gémissements slaves des Balkans.
Facile, peut-être, mais sophistiqué, paré, princier. Il devenait alors la langue et le sauf-conduit de ces femmes, racontant leur vie simple. Une vie dupliquée à l’infini, qui parlait la langue de toutes les femmes, celle de l’enfance, de l’amour, des épreuves. De la joie aussi.
(…)
Pourquoi partir ? Pour ne pas disparaître dans l’uniformité. Ne pas plier. Sauver, non pas les meubles, mais la langue, la musique, les chants, les gestes de la prière, les contes et légendes chuchotés la nuit. La fortune des pauvres, la parure des étrangers. Car viendrait le jour où on leur jetterait leur refus d’appartenance au visage. Que répondre à cela, hein ?
Yashar Adassov
« On s’en fout, on n’est pas d’ici, on s’en va demain. » Marguerite Yourcenar.
- Née à Caracas, Jennifer Tani grandit dans une famille aux origines iraniennes, italiennes, espagnoles et françaises, où la musique occupe une place privilégiée. Elle s’est produit comme soliste au Théâtre du Châtelet, à l’Opéra national de Paris, à l’Opéra Comique, à la Fenice de Venise…
Avec la contrebassiste Charlotte Testu, elle co-dirige la compagnie Conticinio, qui crée notamment Les Résonances séfarades pour l’émission À l’improviste sur France Musique. - Contrebassiste éclectique, Charlotte Testu s’est spécialisée dans les musiques contemporaine, improvisée et baroque. Diplômée du CNSMD de Paris en contrebasse et en improvisation générative, elle suit un cycle de perfectionnement au CNSMD de Lyon auprès de Bernard Cazauran.
En 2020, elle crée le spectacle Résonances séfarades avec la soprano Jennifer Tani, avec des compositions originales de Mirtru Escalona-Mijares.